jeudi 31 août 2023

Bye bye Méditerrannée

Destination Gibraltar / La Linéa de la Conception, Espagne

Depuis quelques jours nous surveillons et analysons la météo et les vents pour les jours à venir. Nous serons dans une période sans vent, peu propice à la voile (vent trop faible…), pour au moins trois jours. Nous aurons 140 à 150MM à franchir pour arriver à destination et sortir de la Med.

Notre objectif...
Ceci est le phare de Gibraltar
juste à l'entrée de la Med...

Faire du moteur, seule solution avec les vents prévus, nous répugne : bruyant, ennuyant et contraire à l’esprit de la voile. Avec une vitesse de 5 nœuds sous moteur, nous en avons pour environ 30 heures. Nous faisons environ 10 heures de navigation par jour, donc, on a le choix de faire 3 journées consécutives de 10 heures de moteur (sachant que les ancrages sont souvent rouleurs) ou un 30 heures « non-stop ». Après discussion, nous optons pour le 30 heures, surtout parce que nous dormirons une partie du trajet, que les conditions de mer seront confortables et que le ronron du moteur sera supportable dans la cabine avant où nous dormirons.

Il nous faut aussi intégrer un autre élément : à partir de Marbella la présence des orques (appelés épaulards par chez nous) a été signalée, et une interaction a eu lieu, à la mi-juillet et par mesure de précaution les recommandations aux navigateurs sont de naviguer dans 20m (66 pieds) d’eau. À cette profondeur, les thons, au menu des orques et raison de la présence de ces derniers, ne s’y trouvent pas.

Les orques ont développé un fâcheux et dangereux comportement depuis environ 3 ans : ils s’attaquent au safran (portion immergée du gouvernail) des voiliers, les brisant voire les fracassant et causant de graves problèmes. Certains bateaux ayant même coulés suite à ces interactions.

Nous sommes équipés pour faire fuir les orques
qui décideront d'approcher Caffè Latte...
Des pétards...

Pour naviguer en sécurité dans 20m d’eau il faut le faire de jour, car le risque de s’empêtrer dans les appareils de pêche (casiers, filets…) est trop grand. Nous synchronisons notre départ pour arriver à Marbella au lever du soleil soit environ 7h30. Départ de Almérimar fixé à midi.

Le 23 août, au lever, alors que nous sommes à la marina d’Almérimar, nous validons une dernière fois la météo : pas de changements significatifs. Nous déjeunons, Yolène fait cuire quelques œufs à la coque en prévision des lunchs du midi. Nous finalisons la préparation du bateau. Vers 11h00, nous larguons les amarres et nous sortons tranquillement de la marina. Il fait beau, il y a peu de vent et une houle de l’est nous berce doucement. Nous tentons de faire de l’appui moteur mais l’angle du vent n’est pas propice pour cet exercice. Nous prenons notre cap sur Marbella, un courant favorable de plus d’un nœud nous portera sur presque toute notre route; notre régime moteur sera plus bas que d’habitude, 1600rpm.

Nous avons inversé l’ordre des quarts à bord. Jean ira au dodo avant Yolène, soit à 22h. Nous ferons un 2h-2h-3h-3h de cette façon vers 8h nous aurons un équipage complet pour assurer la vigie des orques et des appareils de pêche.

C'est très calme comme navigation...

et bien désagréable d'être sous moteur...

Le coucher du soleil...

C'est via notre GPS
que nous nous assurons de respecter la ligne des 20 mètres...

et le lever...

Au matin, c'est toujours calme...

8h30, Yolène se réveille. Nous constatons tous les deux qu’il y a vaguement une odeur de soufre dans l’air. Yolène dit que l’odeur est présente à l’intérieur du bateau. Jean descend à l’intérieur et pense aux batteries qui peuvent dégager de l’hydrogène et de la vapeur d’acide sulfurique. Constat et effroi : deux des 3 batteries de service sont en train de se déformer sous l’effet de la pression causée par la chaleur : les batteries affichent une température de 65 à 70C ! Il faut jeter l’ancre et arrêter le moteur ASAP.

Heureusement, nous sommes près de la rive, à environ 400m. Nous laissons aller l’ancre et la chaîne en mode manuel, sans faire intervenir le guindeau, gros consommateur d’énergie, ce qui aurait accentué le réchauffement des batteries.

Jean ouvre les panneaux du moteur pour laisser sortir la chaleur et amorcer le refroidissement des batteries. Jean contacte le technicien qui nous a vendu les batteries à Malte et lui demande conseil : il suggère de débrancher toutes les sources d’énergies alimentant et soutirant l’énergie des batteries. Heureusement, Jean avait installé un interrupteur pour les panneaux solaires il y a quelques années.

Résultat des courses. Nous n’avons plus d’énergie à bord du bateau, donc, pas d’eau, pas d’instruments de navigation, pas d’auto-pilote, pas de frigo, pas de four, pas moyen de recharger les appareils électroniques (iPhone, iPad, PC, etc…) et il nous reste 30MM soit 6 heures à faire pour arriver à la marina de La Linea…avec les mêmes contraintes de naviguer dans 20m pour éviter les orques mais sans moyen de savoir si nous sommes dans 20m…

On peut voir rapidement que les batteries sont gonflées...

Nous déjeunons et remontons l’ancre et la chaîne à la main, repartons le moteur, car la batterie moteur a été épargnée. Nous contrôlons le comportement de cette dernière (température et voltage) afin de s’assurer que tout fonctionne normalement. Nous suivons le tracé de voiliers devant nous, puis Yolène suggère d’utiliser le PC avec un logiciel de navigation et une antenne GPS sur port USB. Jean sort le PC, il reste environ 50% de la charge, ce qui est correct. Il installe l’antenne GPS et rapidement on se repositionne sur la carte qui a les contours de profondeur. On réussit à maintenir le cap avec les compas (boussoles) du bateau.


Le capitaine à la barre...

Contents d'arriver à Gibraltar...
Les vents et les courants sont favorables
c'est-à-dire presque inexistants...

Nous arriverons sans encombre à la Marina Alcaidesa, que nous retrouvons avec plaisir ! Nous nous installons à quai. Nous avons de l’électricité, mais pas pour alimenter le bateau, mais nous pourrons nous débrouiller et nous avons de l’eau mais seulement à partir d’un boyau d’arrosage, mais ça ira. Nous avons accès a d’excellents sanitaires et nous sortons le BBQ de sa retraite 😉 Il agira comme grille-pain, four et plaque de cuisson ; il semble heureux de contribuer à la vie à bord ! Nous avons une bouilloire électrique pour avoir de l’eau chaude pour la vaisselle et pour le thé (et ce, grâce à notre transformateur: c'est un appareil qui convertit l'électricité de 220v en 110v que nous utilisons depuis que nous sommes en Méditerrannée...)! Ah oui, et nous utilisons une lumière d’ambiance à batterie pour nous éclairer!


Jean fait des démarches pour remplacer les batteries, nous trouvons exactement les batteries dont nous avons besoin. D’autres démarches sont faites pour avoir un électronicien pour identifier la source du problème. Finalement, après 6 jours, un technicien certifié constate que la cause la plus probable est qu’une des batteries avait une cellule défectueuse. Nous sommes toujours dans l’attente des batteries prévues pour aujourd’hui!

Il y a deux batteries
qui ont tellement chauffées
qu'elles sont inséparables...

Entre-temps, nous faisons des plans pour rallier le Maroc et y explorer certaines villes non loin de Tanger et aussi nous préparer à visiter les Canaries. Jean contacte notre fournisseur de service Iridium (connexion satellitaire) pour finaliser les détails des abonnements pour les traversées.

Vue de notre marina...  On adore !!!

On ne manque pas l'opportunité de célébrer
une autre étape de franchie dans notre aventure...
Et cette fois, avec un mousseux de Samos,
l'île grecque la plus à l'est que nous avons visitée...


Nous allons en bus à Marbella pour visiter cette très jolie, et très touristique, ville de la côte espagnole. Nous y avons passé une belle journée. On y reviendra dans une prochaine publication, avec plusieurs photos de cette magnifique ville.

Nous occupons nos journées en faisant de menus travaux et des randonnées au bord de la mer.


Un classique a ne pas manquer à La Linéa...
Roman, un vendeur de grosse patate au four
et farcie à votre guise...

Et voilà,
le Capitaine heureux de sa grosse patate !!!

Et voici à quoi ressemble nos 4 années à naviguer la Méditerrannée...


À bientôt pour la suite de l'aventure !



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