Traversée St-Martin – Flores, Açores
Nous
allons tenter de vous faire vivre nos impressions sur la traversée que nous
avons effectuée en 17 jours et 6 heures à la vitesse moyenne de 6 nœuds
(environ 11.5 Km/hre).
Nous
avons communiqué, à notre arrivée, un temps de 17 jours et 8 heures mais il
faut retrancher 2 heures à ce temps parce que nous avons effectué deux
changements d’heure en cours de passage : à longitude 052° 30’ et à 037°
30’. En plus, à notre arrivée à Flores nous avons devancé l’heure de 2 heures
car les açoriens vivent à l’heure de Lisbonne, capitale du Portugal (TU).
Premier temps : St-Martin vers le
nord jusqu’au Bermudes (jour 1 à 5)
C’est
le début de la traversée, les vents sont très bons, nous filons vraiment bien,
nous gitons (le bateau penche sur un côté) et Yolène, comme à tous les débuts
de passages et incommodée par un début de mal de mer, elle n’a pas d’appétit et
veut constamment dormir. Nous avons un remède miracle à bord et Yolène est tout
de même fonctionnelle. Dans ces conditions de navigation, les repas sont
rapidement préparés et ingurgités : la bonne bouffe ce sera pour plus
tard! Nous nous couchons par terre au centre du bateau avec un matelas fait, on
dirait, spécialement pour cela. C’est très confortable et nous dormons le côté,
le dos appuyé sur un surface verticale. Mais, malgré tout, nous sommes en
déficit de sommeil. Nos quarts sont de trois heures et ils sont passés à
surveiller la progression du bateau, la vitesse des vents et notre cap. Pour la
nuit, nous prenons un angle de navigation qui évite au bateau de trop
taper : il nous faut dormir. Durant le jour, nous allons siester (Yo) ou
pas (Jean). Durant ce bout de traversée, nous allons établir nos meilleures
vitesses et allons augmenter la surface de voile pour compenser les vents plus
faibles. Nous contemplons les étoiles la nuit venue et avons droit à tout un
spectacle avec, en vedette, la voie lactée et Vénus. Nous esquivons les grains
dans la mesure du possible avec un bon taux de succès.
Sieste à l'extérieur... on cherche l'ombre...
Le sommeil est mieux à l'intérieur...
|
| Et voilà notre chambre à coucher durant la traversée !! |
Yolène développe une analogie
entre la traversée et un accouchement (chose qu’elle n’a pas vécu elle-même,
mais quand même) :
1. Nécessite
beaucoup de préparation et c’est trippant.
2. Quand
vient le jour « J », tu ne sais pas combien de temps ça prendra et tu
n’as pas le contrôle. Tu fais de ton mieux et tu dors peu.
3. Quand
c’est terminé, tu es heureux d’avoir cet enfant dans tes bras et tu es très
fière. C’est comme s’ancrer dans un nouvel endroit à découvrir…
En
conclusion, une première partie de traversée rapide, où il est plus difficile
de vivre à bord, et qui amène son lot de petits bonheurs…
Deuxième temps : Bermudes à l’Anticyclone
des Açores, puis sud d’une dépression au NW (jour 6 à 10)
Les
vents faiblissent et le confort revient à bord, c’est un répit. Nous faisons du
moteur pour 27 heures. Nous en profitons pour travailler sur le bateau et se
faire quelques bonnes bouffes, c’est aussi le début de notre tradition de la
tisane en début de quart de nuit. Le rythme de la traversée et solidement
implantée. Les vents reprennent peu à peu, nous faisons du vent arrière avec
deux voiles à l’avant du bateau et sans grand-voile, très confortable et
efficace. Les vents continuent de forcir et nous faisons quelques expériences
avec les voiles pour maintenir notre cap et être toujours en position de
réduire notre voilure rapidement, au cas où. Finalement, nous optons pour
mettre la grand-voile avec deux ris et utiliser notre trinquette (petite voile
avant). Plus tard, on réduira encore notre grand-voile en prenant trois ris.
Nous atteignons la marque de mi-parcours au jour 9. Ça brasse un peu trop pour
célébrer l’occasion avec notre demi-bouteille de champagne, partie remise. Ces
vents nous les aurons jusqu’au passage du front froid.
| Les averses se voient bien à l'œil... |
| On ne se lasse pas des couchers de soleil... |
| Un peu plus menaçant... |
| Lever du soleil.... |
Découverte : l’auto pilote fonctionne beaucoup mieux quand le niveau de sensibilité est faible. Ça nous fait aller plus en ligne droite, consomme moins d’énergie et beaucoup plus de confort. Nous évitons des grains du passage du front froid en équipe, on perd un peu de sommeil mais on fait une superbe job! Puis les vents faiblissent, on part le moteur pour environ une dizaine d’heure, on se permet un verre de vin. En résumé une étape de transition.
Troisième temps : Cap sur les
Açores, île de Flores (jour 11 à 17)
Toujours
sous moteur pour quelques heures encore, puis on remet le génois seul et on
roule aussi vite et dans la bonne direction, ça arrive la nuit sous l’impulsion
de Yolène. Ça calme le jeu. Nous décidons d’attendre le lever du jour pour
ajouter la grand-voile, nous jouons de prudence comme d’habitude. Avec pleine
voilure, nous roulons bien et c’est confortable, en fin d’après-midi une bonne
douche et pour le souper foie gras en entrée et salade d’avocat rillette de thon
et orange le tout arrosé de notre petite bouteille de champagne. Juste avant le
début de son quart Jean est victime d’une crampe au cerveau : des grains à
l’horizon, pleine voilure et pas de direction des vents sur l’anémomètre :
mauvais mix, il faut réduire la voilure... Mais non Jean, il ne s’agit que de
grains de fin de journée en Atlantique, relax ça ira… On remet de la voilure… Dans
les faits, les vents sont faibles et la grand-voile « flacotte » avec
fracas et empêche le sommeil. Retour au moteur, avec un cap en direction de
Flores, on en profite à nouveau pour faire des choses à bord, puis nous
retrouvons le vent au début de 16 à 20 nœuds puis, durant la nuit, les vents
montent à plus de 25 nœuds on enroule le génois et on sort la trinquette. Ces
changements de voiles sont épuisants car cela rogne notre sommeil, mais on est
si près du but! Le matin, on réévalue la situation, on fait quelques tests et
on opte pour le génois et deux ris dans la grand-voile : ça roule très
vite et c’est sécuritaire. La nuit venue, on enroule le génois et sort la trinquette,
un peu plus tard nous prenons un autre ris sur la grand-voile et vers 3h00,
nous affalons la trinquette, nous avons des vents de 38 nœuds lors d’un grain
assez grand en superficie et pour lequel nous avons été en périphérie… Quand
les vents deviennent de 20 à 28 nœuds, nous ressortons la trinquette, on roule
vite mais tout à fait en contrôle, nous en profitons pour continuer à dormir à
tour de rôle pour récupérer. Pour les 55 derniers miles, nous augmentons la
voilure, les vents faiblissent et change de direction nous obligeant à faire du
près. En résumé, pour cette dernière étape, pas question de se soustraire au
cap (on doit arriver à Flores) et nous faisons tout ce qu’il faut pour avoir
les voiles du temps en tout temps, avec succès! Nous nous enlaçons fort à
l’arrivée : mission accomplie.
| On souligne notre mi-parcours... |
| Une belle découverte, trinquette et genois tangonné, en ciseau. |
Jean à l'eau... pour vérifier
s'il y avait des sargasses à l'entrée d'eau du moteur...
|
Méduse qui fait de la voile au près serré...
Il y en a des tonnes sur notre route.
|
| Terre en vue, à 35MM... |
| Des dauphins nous souhaitent la bienvenue... |
| Drapeau de quarantaine, avant de faire les douanes |
Notre drapeau a connu de meilleurs jours...
Et oui, il manque quelques provinces !!!
|
| Mission accomplie... Champagne, merci M&M |
| À notre mouillage... |
La traversée en chiffres
2 440
Milles Marins (4 516 km)
414
heures de navigation
156
litres de diésel
52
repas
2
équipiers
Notre top 5 de la traversée
1. Notre équipage
2. Notre routeur météo et plus, Benoît
Villeneuve, très gros merci!
3. Notre auto pilote : Tonton a barré
pour nous 99% de la traversée.
4. Notre trinquette : polyvalente et
surprenante (utilisée pour 80% de la traversée)
5. Notre bateau : comportement
prévisible, rapide et sécuritaire
Et
notre mention spéciale…
Le
InReach Explorer+, une solution qui vient en renfort au téléphone satellitaire.
Merci à mon ami Merrill de nous avoir montrer la voie.
La
boîte de qui j’ai acheté de téléphone satellitaire il y a deux ans et qui, lors
de la traversée m’a avisé par texto qu’il ne me restait que 22 minutes de temps
d’antenne. Merci Gaël de Sense Communication.
| Et voilà tonton à l'action et nous, on s'occupe à autre chose! |
Leçons apprises et trucs pour voileux
1. Étai largable et voiles de gros temps
(trinquette et tourmentin) et 3 ris dans la GV
Selon
nous, il s’agit d’un « must » pour qui veut faire une traversée. La
trinquette permet de rouler aussi vite, ou presque, que le génois et plus
confortablement quand les vents dépassent 20-25 nœuds tout en soulageant le
grément. De plus, elle performe bien à toutes les allures. Au près, on utilise l’avale
tout du rail du chariot d’écoute du génois à la position la plus reculée. Au
portant, on pose une poulie au taquet du milieu du bateau ce qui déporte le
point de tire vers le maître bau et plus à l’avant ce qui permet plus de
puissance et minimise le risque de déventement. Au vent arrière, en tandem avec
le génois tangonné c’est la paix d’esprit, le confort et la performance. Tant
qu’au troisième ris dans la GV, c’est une évidence quand les vents forcissent
au-delà de 25-28 nœuds, encore une fois cela soulage le grément et procure
confort et sécurité. Dernier point fort important, si on opte pour une
trinquette qui s’endraille sur l’étai largable (par opposition à l’utilisation
d’un enrouleur), il faut idéalement avoir un sac de pont. Ce dernier permet une
fois la trinquette ou le tourmentin désendraillé de le ranger proprement, prêt
à être utiliser. Parfois on peut laisser la trinquette ou le tourmentin
endraillé et utiliser un cordage pour stabiliser et sécuriser la voile sur le
pont. Finalement, pour affaler efficacement une voile endraillée la méthode qui
fonctionne pour nous est, lorsqu’au pied de l’étai, de tirer vers soi la voile
et de créer un pli exactement entre deux mousquetons. Une fois cette opération
faite on pourra soit attacher la voile sur le pont (si on pense la réutiliser
bientôt) ou la désendrailler, tout en conservant le pliage réalisé, et la
ranger dans le sac de pont.
2. Pour la nuit, toujours penser facilité
à réduire la voilure et avoir un plan
En prévision
des quarts de nuit, la plupart des bateaux en équipages réduit (1 à 4
équipiers) jouent de prudence et réduisent leur voilure. Nous sommes allés un
peu plus loin dans notre réflexion : il faut être en mesure de pourvoir
réduire facilement la voilure si le vent montre des signes d’augmentation. Il
faut avoir un plan.
Par
exemple : j’ai 2 ris sur la GV et la trinquette et le vent monte. Étape 1,
prendre le troisième ris sur la GV en remontant au bon plein et en déportant le
chariot d’écoute de la GV. Étape 2, si les vents forcissent encore affaler la
trinquette tout en conservant notre allure au portant. Le même conseil que pour
la prise de ris s’impose : quand on pense qu’il est temps de réduire la
voilure, on réduit la voilure immédiatement. Il ne faut surtout pas attendre.
Nous ne faisons pas une course et nous n’avons personne à impressionner. Nous
avons un équipage et un bateau à protéger.
3. Autopilote faire des essais à
différents niveaux de sensibilité
Nous
ne sommes pas de grand utilisateur de l’autopilote, dans les Caraïbes, nous
barrions nous même à 99% du temps. Nous utilisions l’autopilote que pour les
navigations où nous nous déplacions la nuit. Par contre, en traversée nous
sommes à 99% du temps sous autopilote. Notre autopilote est un Raymarine
mouture 2013 et à l’allumage, il se remet toujours au niveau 5 soit au milieu de la gamme (1 à 9). Au niveau 5, nous
constations que le bateau faisait beaucoup de mouvements en lacet et le moteur
entrainant l’autopilote travaillait très fort. Or, notre bateau ne demande que
peu de mouvement de la barre pour corriger notre cap, le bateau est sensible
car il a un bon safran et une quille profonde. Il s’en suit que l’autopilote
doit être désensibilisé. En désensibilisant l’autopilote, nous avons constaté
immédiatement une baisse marquée des mouvements en lacet (zigzag), une
réduction importante du travail du moteur entrainant l’autopilote, une
réduction de l’énergie consommée en traversée et un confort nettement amélioré.
Chaque bateau doit trouver son réglage propre pour optimiser la performance de
l’autopilote, il faut faire des essais…Dans notre cas, on utilise le niveau 2.
Pour
l’instant nous profitons de notre arrivée à Flores pour nettoyer le bateau,
certaines pièces d’équipement et des vêtements. À partir de lundi, nous allons
progressivement découvrir l’île en louant une voiture et en visitant les points
d’intérêt de cette île magnifique.
À très bientôt!
Felicitations!!
RépondreEffacerWe'll done, it's a long way from Mooney Bay! I followed your progress daily and was glad to see you had a great passage. Enjoy the Azores once you catch up on your sleep.
Cheers
Allan
Congratulations! We have been following your posts since we last saw you in Greenport Long Island!
RépondreEffacerEnjoy the Azores!
From the "crew" of the Decoy....Karen and Ed Conklin and Tessa the dog!
Une très belle récit de votre traversée. Magnifique photos. Bonne continuation.
RépondreEffacerBravo les amis vous êtes inspirants xx
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